Nous quittons les Tobago Cays très tôt le matin du 7 février. Le bateau marche bien au près bon plein et nous sommes pleins de confiance sur une arrivée en Martinique au matin du 8.
Mais nous devons passer les îles de Saint-Vincent et de Sainte-Lucie sous le vent et ça se complique. Après une bonne partie de la nuit à tirer des bords dans le canal entre Sainte-Lucie et la Martinique nous arrivons au matin au rocher du Diamant. C’est très chouette mais ce n’est pas là que l’on va. Mes parents arrivent le 11 sur la côte au vent et nous décidons d’y aller dès aujourd’hui car la vent va forcir dans les jours à venir et nous ne pourrons plus y aller.
S’en suit une journée à tirer des bords, dans du vent parfois fort, souvent faible et sous les grains. Au rythme où nous allons, nous commençons à douter de réussir à atteindre le François avant la nuit et les mouillages en route sont peu nombreux. Nous insistons quand même et entrons par la passe sud des récifs de la côte au vent. Nous n’atteindrons pas le François ce soir alors nous mouillons dans le premier mouillage qui nous semble abrité. Il reste un peu de clarté et nous mouillons au milieu de 4 bateaux dans un espace un peu étroit. On nous accueille en nous indiquant qu’il y a des enfants sur tous les bateaux. Manoë fait le compte, c’est un mouillage où il y a plus d’enfants que d’adultes !
Le lendemain nous remouillons mieux, nous sommes prêts pour une journée « bateaux-copains » ! En prévoyant d’aller se baigner depuis la grande plate-forme de Trinidad, les filles se retrouvent à faire du bricolage sur Sirrocco et tout ce petit monde (Djam, Koubilaï) se retrouve à pique-niquer sur la plage. Yaëlle fait sa première soirée « bateau-pyjama » et Manoë profite d’être seule avec nous. Le lendemain, toutes les deux sont invitées à faire l’école sur Trinidad et le verdict est sans appel : « l’école c’est vraiment mieux qu’avec toi maman ! ». Je ne le prends pas mal, les parents des autres sont globalement plus sympa, les bateaux des autres sont mieux, les cabines des copains plus belles, leurs jouets plus amusants, etc.. !
11 février, les parents arrivent ce soir ! Nous sommes arrivés au François la veille et avons trouvé à mouiller en sécurité malgré le vent fort qui souffle sans arrêt. Nous prenons le bus pour aller faire les courses, laver le linge et apprécions d’emblée la conversation facile des martiniquais que nous rencontrons. Nous voulons aller à l’aéroport en début de soirée mais les bus ne sont pas coordonnés et ça risque d’être long et cher à 4. Heureusement qu’il reste encore des taxis collectifs dans l’île, ce qui nous permet de rejoindre l’aéroport d’une traite depuis le François. Ces mini-bus étaient le moyen de transport collectif principal de l’île avant que des réseaux de bus et cars se mettent en place dans les différents territoires de l’île. Ils sont moins visibles, n’ont pas vraiment d’heures précises et d’arrêts définis mais ils permettent la flexibilité à des prix intéressants.
Les parents ne savent pas que nous sommes venus, les filles sont complètement excitées de leur faire la surprise et patientent longtemps devant la porte des arrivées, surtout que l’avion a du retard.
Ça y est, on les aperçoit, ils sont là !! « Ça fait bizarre de se dire qu’ils sont venus en avion ».
Pendant 10 petits jours, nous sillonnons l’île en essayant d’adapter nos envies à la météo très pluvieuse de ce mois de février : balade à la presqu’île de la Caravelle, baignades, visite de la ville de Saint-Pierre, détruite par les nuées ardentes causées par l’éruption du volcan de la Soufrière en 1902, snorkelling à l’anse Dufour… l’île est grande et surtout, en dehors des axes principaux, les routes ne sont pas très roulantes et nous mettons plus de temps que nous pensions à faire certains trajets. Cette semaine nous laisse un aperçu de la Martinique avec ses différents paysages : plages et cocotiers comme sur les cartes postales, forêt tropicale humide, forêt sèche sur la côte au vent, bancs de sable blanc, récifs coralliens, champs de culture de banane et de canne à sucre.
Lors de notre petit séjour à la Baignoire de Joséphine, nous nous apercevons qu’il y a une fuite d’eau de mer au niveau de la pompe à eau du moteur. Et zut ! Encore un bricolage à gérer ! Nous profitons de la voiture de location pour gérer les travaux sur Maya : récupération du pilote automatique à la poste, dépose du génois chez un voilier parce qu’il montre d’importants signes de faiblesse, recherche du fameux joint pour réparer le moteur et tant qu’à faire, achat d’ampoules pour retrouver un éclairage suffisant dans le carré… Il n’y a que pour les charbons du guindeau que Gaëtan est bredouille mais il a réussi à bricoler la bête qui se remet une nouvelle fois à fonctionner... jusqu’à la prochaine panne.
Les parents repartent déjà et les filles ont du mal à les voir partir. Elles aimeraient aussi avoir une valise (très important la valise!) et prendre l’avion pour aller en France. Mais nous retrouvons Maya tous les 4 et nous préparons pour le dimanche où nous sommes invités à accompagner l’équipe de yole « Cotterell » à une régate à Sainte-Luce. Trois équipes s’entraînent au départ de notre mouillage et nous sommes impatients de voir ces bateaux mythiques de la Martinique en régate. En attendant, c’est la veille des vacances scolaires ici et jour de Carnaval des écoles de la ville. Chaque école a choisi un thème, élu des rois et reines et défile dans la rue principale accompagnée par les musiciens.
Dimanche, 6h30, nous débarquons. Les équipes de yole sont sponsorisées par des grandes entreprises et disposent d’un budget qui visiblement, leur permet une logistique de régate plutôt confortable.
La yole est chargée sur une remorque de camion tandis que toute l’équipe monte dans le car : 30 coureurs (les 14 qui vont naviguer + les remplaçants), les 5 personnes du staff… et nous. On nous donne l’attirail du supporter et nous voilà partis vers Sainte-Luce. La musique à fond dans le car met l’ambiance, c’est joyeux. Pendant le trajet d’une grosse heure, le staff assure et distribue à chacun sandwich, boissons fraîches. Arrivés sur place, il faut décharger et gréer la yole ce qui est déjà une affaire. Même si par endroits, les yoles sont renforcées avec du carbone, leur gréement et leur accastillage reste traditionnel et toute l’équipe n’est pas de trop pour gréer.
Au final, 14 équipiers embarquent pour régater : 3 pour manier la grosse rame qui sert de gouvernail, les autres se suspendent aux bois pour assurer l’équilibre. Et l’engin est instable alors il faut de l’agilité pour ne pas chavirer.
Sur la plage du bourg, chaque yole prend place en fonction de sa place au classement du championnat. Le départ se fait depuis la plage, un équipier dans l’eau à l’avant et 3 ou 4 tirant sur la corde qui retient la yole prête à partir. Le parcours se fait entre 4 bouées qui permettent de passer à toutes les allures. Notre équipe prend un bon départ mais un gros grain la surprend près de la bouée alors qu’elle est bien placée. La yole gîte, trop, et coule ! Dans ce cas, tout l’équipage est à l’eau tandis qu’un équipier vide la yole qui flotte entre deux eaux. C’est la déception !
La seconde manche est meilleure avec une troisième place. Nous observons la régate depuis la terre, avec des centaines de personnes. Il y a beaucoup de grains et une bonne partie de la journée se passe sous la pluie, encore !
La régate terminée, la yole est rechargée et le staff sert un plat chaud à tout le monde avant de repartir. Nous restons avec l’équipe jusqu’au briefing de retour puis rentrons sur Maya, ravis de notre journée.
Depuis notre arrivée au François, nous débarquons devant la maison de Paquerette qui vient souvent nous faire un petit coucou et avec qui nous discutons de tout. Elle nous a présenté Raymond, le voisin qui semble tout savoir faire, y compris des accras délicieux, nous a montré l’atelier d’insertion qui collecte et répare les appareils électroménagers pour les revendre et nous en apprend un peu plus sur le François et la Martinique. Elle nous présente comme ses voisins sur l’eau et les filles ont même baptisé le mouillage « la baie de Paquerette ». Plus nous restons, plus nous rencontrons du monde dans le quartier. Peu de temps avant de partir, je me décide à débarquer de bonne heure pour acheter du pain au boulanger qui passe dans le quartier en klaxonnant. Ce jour-là il est en retard. Je suis avec Yaëlle et on nous interpelle depuis une maison : « mais entrez, ne restez pas sous le soleil ! ». En attendant le boulanger, Florise nous propose du pain, de la confiture de goyave faite maison, on goûte le tamarin, elle nous offre une salade de sa production… Et le lendemain, elle nous prend carrément le pain ! Pour terminer notre séjour, Paquerette nous prête sa voiture pour faire un plein de courses.
Quelle gentillesse ! Nous ne sommes pas allé dans les coins les plus touristiques de Martinique et nous en sommes très contents, parce que nous avons rencontré des gens super. Et c’est souvent comme ça. Nous avons plein de belles photos de beaux endroits mais en général, le plus marquant, ce sont les rencontres ou les expériences vécues. Et ça, c’est impossible à planifier, ça se produit simplement en nous attardant un peu dans un endroit qui nous plaît, joli quand même, mais qui n’attire pas les foules.
Nous quittons le François et Paquerette le 27 février après avoir rencontré les nouveaux petits chatons du quartier. Les filles en auraient bien pris un à bord…
Nous avons du mal à planifier la suite. On nous parle d’endroits réputés jolis comme l’îlet Madame ou les îlets la Grotte ou Chancel sur lequel on peut voir des iguanes. Alors nous prenons le temps d’y aller. C’est effectivement joli mais surpeuplé en journée, avec des bateaux qui mettent la musique à fond, même près des iguanes. Malgré le bruit, nous parvenons à voir deux iguanes des petites antilles, espèce en danger critique d’extinction.
Nous passons enfin la journée dans la baie du Trésor, au bout de la presqu’île de la Caravelle avant de partir pour Marie-Galante, sans nous arrêter en Dominique. A Marie-Galante, nous devons retrouver Anthony et ses filles, propriétaires de notre ancien Melody, Sarabande !! Pour la suite, nous avons besoin de nous poser un peu pour réfléchir au rythme à donner aux prochains mois...